Histoire de l'Académie Française

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L' Académie française se compose de 40 membres élus par leurs pairs. Depuis sa fondation, elle a reçu en son sein 719 membres.
  Elle rassemble des poètes, des romanciers, des hommes de théâtre, des philosophes, des médecins, des hommes de science, des ethnologues, des critiques d’art, des militaires, des hommes d’État, des hommes d’Église, qui ont tous illustré particulièrement la langue française.
Par sa composition variée, elle offre une image fidèle du talent, de l’intelligence, de la culture, de l’imagination littéraire et scientifique qui fondent le génie de la France.
Les académiciens doivent leur surnom d’immortels à la devise « À l’immortalité », qui figure sur le sceau donné à l’Académie par son fondateur, le cardinal de Richelieu.
 Ils ont été, et sont aujourd’hui, habilités à être des juges éclairés du bon usage des mots, et donc à bien définir les notions et les valeurs dont ces mots sont porteurs.
Leur autorité morale en matière de langage s’enracine dans des usages, des traditions, un faste.
 Le célèbre « habit vert », que les académiciens revêtent, avec le bicorne, la cape et l’épée, lors des séances solennelles sous la Coupole, a été dessiné sous le Consulat. Il est commun à tous les membres de l’Institut de France.
 
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L’élection à l’Académie française est souvent considérée par l’opinion comme une consécration suprême.
La qualité d’académicien est une dignité inamovible. Nul ne peut démissionner de l’Académie française. Des exclusions peuvent être prononcées par la Compagnie pour de graves motifs entachant l’honneur ; ces exclusions au cours de l’histoire ont été rarissimes.
De la candidature à la réception :
La mort d’un académicien entraîne la déclaration de vacance du fauteuil dont il était titulaire.
Toute personne peut se porter candidat à ce fauteuil.
Si les gens de lettres sont nombreux dans la Compagnie, il n’est pas indispensable d’appartenir aux professions littéraires pour être élu. Des hommes d’État, des ecclésiastiques, des philosophes, des juristes, des savants, des médecins, des historiens, etc., siègent aux côtés des écrivains.
L ’acte de candidature se fait par simple lettre adressée au Secrétaire perpétuel.
 Il existe aussi une procédure de présentation de candidature posée par un ou plusieurs membres de l’Académie.
 L’usage veut que le candidat offre de rendre visite à chacun des académiciens. Certains d’entre eux acceptent, d’autres déclinent cette offre.
Est élu le candidat qui recueille la majorité absolue des suffrages exprimés, laquelle n’est parfois atteinte qu’après plusieurs tours. Le quorum est de vingt présents.
L’élection ne devient définitive qu’après approbation du président de la République, protecteur de l’Académie, qui la manifeste en donnant audience au nouvel élu.
Le nouvel élu se fait confectionner un costume avec broderies — le célèbre habit vert —, agrémenté d’un bicorne, d’une cape et d’une épée dont sont dispensés les femmes et les hommes d’Église.
 Il doit composer un discours de remerciement, dans lequel il n’omettra pas de prononcer l’éloge de son prédécesseur.
Huit jours avant la réception publique, le nouvel académicien est installé par ses pairs en séance ordinaire.
La réception solennelle se tient sous la Coupole en présence d’un public invité. Le récipiendaire lit  son remerciement. Un académicien lui répond par un discours de bienvenue.
L'habit vert et l'épée :
De l’an IV à l’an IX, à plusieurs reprises, les membres de l’Institut ont manifesté le désir d’avoir un signe distinctif : carte, médaille, insigne, habit. Ces demandes se sont produites, semble-t-il, après des incidents de séance publique ou de cérémonie officielle : question de préséance, difficulté de parvenir à la place désignée, outrages même puisque le mot a été écrit par un président. C’est après avoir reconnu la nécessité d’un signe distinctif et éprouvé l’insuffisance de la carte ou de la médaille, que l’Institut juge convenable de solliciter un costume particulier.
Extrait du procès-verbal de la commission des fonds, du 4 Ventôse, an IX
      « La Commission s’étant assemblée extraordinairement avec les membres de l’Institut, qui avaient été appelés pour délibérer définitivement sur le costume, a arrêté qu’il ne serait rien changé à la couleur de l’habit, qui serait noir ainsi que le gilet et la culotte ou le pantalon ; mais que la broderie serait en soye verte figurant une branche d’olivier, que l’habit serait brodé entièrement, et que les membres seraient libres de ne faire qu’un petit costume,dont le colet et les parements seraient brodés comme un grand costume avec une seule baguette autour de l’habit, (en renvoi paraphé : ce petit costume sera seul de rigueur) : que le dit arrêté sera remis au Ministre de l’Intérieur ».
Signé : Peyre, Camus
      RRÊTÉ DU GOUVERNEMENT SUR LE COSTUME DES MEMBRES DE L’INSTITUT 23 floréal, an IX.
      Les Consuls de la République, sur le rapport du Ministre de l’Intérieur et la proposition de l’Institut national, le Conseil d’État entendu, arrêtent :
ARTICLE PREMIER. - Il y aura pour les membres de l’Institut national un grand et petit costume.
ART. 2. - Ces costumes seront réglés ainsi qu’il suit : Grand costume. - Habit, gilet ou veste, culotte ou pantalon noirs, brodés en plein d’une branche d’olivier, en soie, vert foncé ; chapeau à la française.
Petit costume : Même forme et couleur, mais n’ayant de broderie qu’au collet et aux parements de la manche, avec une baguette sur le bord de l’habit.
ART. 3. - Le Ministre de l’Intérieur est chargé de l’exécution du présent arrêté, qui sera inséré au Bulletin des Lois.
Le Premier Consul, Bonaparte
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N IX. - LE COSTUME
     Le principe du costume est arrêté par l’Institut dans la séance générale du 5 Vendémiaire, an IX.
     Le 26 Brumaire sur le rapport du citoyen Regnaud de Saint-Jean d’Angély, la section de l’intérieur du Conseil d’État adopte un projet d’habit : drap noir avec doublure ponceau, broderie ponceau, chapeau à trois cornes, ceinture noire avec franges ponceau et or.
     Paris le 27 Brumaire, an IX de la République française, une et indivisible.
     Le Ministre de l’Intérieur (par intérim), au Président de l’Institut national.
    Par l’arrêté du cinq Vendémiaire, Citoyen Président, l’Institut a transmis au Gouvernement le désir qu’il avait d’obtenir un costume particulier.
     Le Gouvernement connaît trop tout ce qu’il y a dans ce corps d’artistes habiles, pour prendre sur lui de proposer un costume : il m’a chargé de vous inviter à lui soumettre vos idées à cet égard. Je vous salue.
Signé : E. Chaptal
      Du 28 Frimaire, an IX
     « ... La Commission réunie avec les commissaires nommés pour arrêter la forme et couleur du costume à proposer l’Institut, a arrêté que l’habit serait brun foncé avec une broderie en soye de la même couleur, mais d’une teinte plus claire, conformément aux échantillons ci-joints. »
Signé : Peyre Cels
     Paris, le 29 Nivôse, an IX. De la République une et indivisible.
     Les Consuls de la République, après avoir entendu le Ministre de l’Intérieur, arrêtent ce qui suit :
     ARTICLE PREMIER.
Le costume des Membres de l’Institut national consistera dans un habit français de drap noir, brodé d’un feuillage d’olivier en soie aurore ; et dans une ceinture de soie, couleur de la broderie, avec des franges couleur de l’habit.
Nous allons, si vous le permettez, examiner un instant cet habit, d’un oeil froid, avec la plus stricte impartialité, sans prétendre le mettre aux nues ni lui entamer son procès, surtout sans nous hâter d’en rire, bien qu’il ait parfois fait pleurer ! Il n’a jamais joui d’une complète réputation décorative. On s’accorde généralement à le trouver rigoureux, maussade et sans allégresse. Je crois que cette mauvaise opinion lui vient de la couleur de son plumage qui n’a pas été  comprise.
     Cette couleur, je n’ai pas à vous l’apprendre, c’est le vert, puisqu’il faut l’appeler par son nom...  Mais un vert particulier qui ne se rencontre qu’ici sur nos épaules et à nos flancs, le vert de la Maison, ce vert de cabinet de travail et d’étude d’avoué, un vert de portefeuille et d’abat jour, de drap de bureau et de reliure de dictionnaire. Eh bien, ce vert, même si la raison ne le comprend pas, avait cependant ses raisons ; il était indiqué, symbolique, fatal. Nous ne pouvions pas y échapper.
      Quelle autre couleur en effet eût conçu l’audace de lui disputer la palme ?
     Le rouge était d’une humeur violente et guerrière incompatible avec nos honnêtes travaux. Le bleu  ? Par galanterie anticipée, on le réservait aux dames porteuses de bas de cette même nuance, pour le jour où elles deviendraient, elles aussi, membres de l’Institut. Le blanc, si salissant, sentait d’ailleurs trop son roi. Le violet était trop d’église, l’orangé d’un vaniteux fracas et le jaune eût fait sourire. Alors ? Il ne restait donc que le vert de vraiment qualifié pour un habit qui déchaîne à la fois tant de convoitises, de dédains, de sarcasmes, d’ambitions et de rêves, le vert qui est justement la couleur de l’absinthe, de la bile et de l’espérance ... Et fallait-il, étant donné l’inévitable vert que ce fût un vert « artiste » et poétique, le vert frivole et vain de l’émeraude ou de la feuille d’eau ? ou le vert montagnard et gai du Tyrolien ? ou le vert exotique, ce vert glorieux de l’étendard du Prophète, ou celui, plein de volupté, des voiles de Scheherazade ? Non, tous ces verts là n’étaient pas pour nous. Le seul qui s’imposait, se justifiait, le seul définitif était bien celui qui sut nous échoir, le vert sérieux, le vert académique.
Henri Lavedan
     Par une touchante et généreuse coutume ... qui tend à s’établir, notre épée obligatoire est devenue gratuite, qu’elle soit offerte par les nombreux amis et admirateurs, par un groupe de lectrices fidèles, par une société, un comité de rédaction, la ville natale, la famille ou simplement par une épouse chérie. Au lieu d’une camelote, elle est alors le fruit des veilles et de l’imagination de nos plus fidèles grands orfèvres qui se préoccupent, à défaut d’une arme meurtrière, d’en faire une arme symbolique et parlante dont les moindres parties offrent une signification et rappellent un des titres de leur éminent possesseur.
     Rien de ce qu’a, pendant plus d’un quart de siècle, écrit le maître n’est oublié. Tout hommage est traduit en devinette et la portée morale ou philosophique se révèle en ingénieuse allégorie dans l’or et l’argent de la poignée.
La garde est un rébus flatteur, la sous-garde une charade, la branche un acrostiche, le quillon un trait d’esprit. La « fusée » exprime le départ, les débuts brillants, l’ascension rapide, et le pommeau, ferme comme une tête à cervelle, présente le chef-d’œuvre de la maturité — généralement personnifié par une femme en casque. Est-ce tout ? Non. La chape, l’anneau de porte-épée et son bouton, la bouterolle sont encore là pour servir au rappel d’une fantaisie, d’un péché de jeunesse, et si l’historien, le dramaturge ou le critique ont été tellement fertiles que la place manque à l’inventaire de leur production, alors on y va de « l’acier » dans la rigole duquel se grave la liste des longs succès, de telle sorte que l’heureux auteur, à la façon de Bias, peut, sous un mince volume, porter avec lui tous les siens et promener à son côté les centièmes de son théâtre complet affiché sur une lame légère qui n’use rien, même pas le fourreau !
Henri Lavedan
   L ’Académie française, dès sa naissance, fit partie de la Maison du roi. C’est pourquoi les gens de lettres qui la composaient jouirent du droit de porter l’épée.
     Quand, un siècle et demi plus tard, la Convention abolit les Académies de la royauté, elle en annula les privilèges et lorsqu’elle créa l’Institut national, elle ne s’avisa pas de parer les membres de ses nouvelles académies de l’emblème d’une caste honnie. C’était le temps des muscadins ; les académiciens portèrent une canne ornée de la Minerve symbolique.
     Par la suite, des dignitaires de l’Empire, désireux de conserver leurs attributs militaires, puis sous la Restauration, des nobles aspirant à marquer la dignité de leur ordre prirent sans doute l’habitude de conserver leur épée en revêtant leur tenue d’académicien.
      Par ailleurs, au cours du XIXe siècle, les progrès du pouvoir gouvernemental contribuèrent à conférer à l’épée une signification nouvelle. Elle devint l’emblème des corps officiels de l’État. Outre les officiers de l’armée, portaient l’épée les ambassadeurs et leurs secrétaires, les consuls, les amiraux, les gouverneurs, les préfets et sous-préfets, les inspecteurs des finances et même les élèves de certaines écoles destinées à former les cadres nationaux.
     Puisque la mission des membres de l’Institut était de perfectionner les lettres, les arts et les sciences, d’apprécier et de diriger les créations de la nation, cela pouvait apparaître normal qu’ils se trouvent dotés de ce signe d’autorité. L’usage s’en affirmera donc.
     Cependant, chercheurs, artistes et écrivains étaient mieux placés que quiconque pour savoir combien il est vain de prétendre exercer une direction dans le domaine des créations de l’esprit. Aussi furent-ils très rapidement portés à donner à leur épée, symbole ordinaire de dignité et d’autorité, un sens bien différent. Alors que la forme des épées des autres fonctions officielles demeurait fixée par des canons qui n’admettent guère de dérogation, les épées des académiciens  furent conçues avec beaucoup de liberté. Elles renoncèrent à exprimer la fonction des académiciens et cherchèrent à traduire la personnalité de chacun d’entre eux, dont elle se voulut l’emblème.
Sans doute est-ce à cette originalité qu’elles doivent le vivant maintien de leur usage. Symboles d’autorité, elles ne sauraient impressionner quiconque et pourraient même porter à sourire. Symboles de la personnalité d’un artiste, d’un savant, d’un penseur que son oeuvre a distingué parmi les grands créateurs,  elles acquièrent un autre charme et atteignent à un autre intérêt. [ ... ]
 L ’Académie « un îlot où se conserverait le souci du meilleur de la culture humaine. Sans pouvoir effectif, rien que par son existence et par ce qui se répandrait dans le public des sentiments et des avis de ces quelques hommes établis dans la plénitude de la liberté de l’esprit, ce centre d’observation, de réflexion composée et de prévision exercerait une action indéfinissable, mais constante. Une sorte de conscience éminente veillerait sur la cité... »
« Il ne dépend que de nous de porter insensiblement à cette magistrature idéale l’Académie française... »
Paul Valéry
Aujourd’hui plus que jamais, l’Académie, regardez-la, intègre toutes les familles spirituelles de la France, tous ses courants philosophiques et politiques, à travers des hommes qui en sont la personnification parmi nous, comme elle réunit toutes les disciplines intellectuelles y compris les plus nouvelles, comme elle rassemble toutes les grandeurs du pays et toutes ses tragédies, présentes en des hommes qui y ont eu part décisive. Elle accueille toutes nos différences et réconcilie bien des antagonismes. Mieux que jamais elle représente la diversité de notre culture en même temps qu’elle incarne la continuité française. Elle sait ce que la France se doit à elle-même.Elle choisit ses élus non seulement en fonction de leur gloire, mais en fonction aussi de leur conscience. Elle joue, diffusément, le rôle auquel Valéry l’appelait, par les démarches, les paroles, les écrits de chacun d’entre nous, qui traduisent et propagent souvent les soucis que nous partageons. Il nous manque peut-être de donner parfois plus de retentissement à la formulation collégiale de nos avis. Nous sommes là où nous sommes non pour nous accrocher au passé et caresser des nostalgies, pas plus que pour flatter les utopies et les chimères. Nous sommes là pour définir et rappeler les permanences, et par là être les premiers serviteurs des valeurs suprêmes de notre civilisation. Telle est et demeure notre mission à l’aube du prochain millénaire.
Maurice Druon
ESSAI DES HABITS D'ACADÉMICIEN POUR CLAUDE LEVI STRAUSS
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